Okkervil River est l'autre groupe de Meilburg et Sheff, éminents membres de Shearwater. Ici, ce dernier nous transporte en des contrées inconnues, où Bien et Mal subsistent mais sous une forme bien plus poétique, à l'aide de sa voix parfois poussée à la limite de la justesse comme l'auditeur de l'extase. Ce qui crée l'homogénéité de l'album, c'est son excellence à tous les niveaux: une instrumentalisation efficace, entre sobriété et foisonnance, des mélodies complexes mais entêtantes. Paradoxalement, si l'album est efficace aux premières écoutes, jamais la lassitude ne guettera. En fait, cet album n'est que terriblement humain : chaque morceau dévoile une fragilité, un aspect bancal tout bonnement attachant, et même carrément addictif. Le refus d'une musique aseptisée est toujours payant.
Le genre ? Quelque part entre le folk, le rock psyché, voire la pop, cet album est avant tout inclassable de par originalité, sa volonté de progresser à travers les mélodies: cette musique nous déséquilibre,nous surprend à chaque seconde mais ne nous quitte jamais grâce à cette incontestable franchise. Okkervil River a confiance en son auditeur et lui offre un voyage risqué mais salvateur. Ce dernier en ressort groggy mais heureux dans son acceptation la plus simple. D'ailleurs, cette progression est pleinement concrétisée par le dernier titre, Seas Too Far To Reach, le sommet de ce disque, oeuvre majeur d'un groupe trop confidentiel.
Note: 19/20
Par Warszawa
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Disponible sur le net bien avant sa sortie officielle, Neon Bible a déjà bien tourné sur ma platine. Il m'est donc permis d'établir un premier avis.
Retour en arrière : en 2004 sort le premier LP des canadiens, Funeral est d'emblée désigné comme un pavé dans la mare indé, le skeud incontournable, une révolution du genre...La hype était certainement trompeuse: certains morceaux clairement faibles se révélaient peu addictifs et nous invitaient à ne pas sombrer dans la loghorrée dithyrambique. Pourtant, il est indéniable qu'Arcade Fire étonne et surprend avec ses violons affolés, ses choeurs entrainants et ses mélodies entêtantes...Rebellion Lies était d'ailleurs une tuerie sans nom, le morceau flamboyant, l'apogée d'un album légèrement déséquilibré.
Neon Bible nous fait à nouveau passer par des sentiments contraires. Le premier titre, Black Mirror, manque son sujet et ne décolle jamais. Introduction ratée. Puis Keep The Car Running ne nous accroche pas faute d'une mélodie et d'une rythmique faiblardes : un flagrant manque d'inspiration planne. Doit-on cracher sur ce disque, fier d'avoir démasqué ces imposteurs d'Arcade Fire, créant autour d'eux un buzz illégitime ? Grand Dieu non ! Le quatrième morceau Intervention redore leur blason. Entre un orgue majestueux et un rythme endiablé, le morceau touche au but, gagne la sympathie de l'auditeur, sensible à l'émotion transparaissant de la voix de Butler. Black Wave, Bad Vibrations est la pierre angulaire de l'album: découpé en deux phases, le morceau démontre pourtant sa cohérence de par son énergie folle. Il dévaste tout sur son passage et nous submerge de joie. Cette musique se meut en ôde à la rêverie, la réalité s'évanouit pour un paradis temporairement accessible. Puis Ocean Noise nous ramène sur terre grâce à son accent grave, ses accords simples et épurés...C'est à nouveau une réussite. Enfin, évoquons le dernier titre, My Body Is A Cage. J'adhère pour ma part totalement à la grandiloquence du morceau, symbôle de l'affirmation d'un groupe important et même rayonnant.
Bien sûr, tout n'est pas parfait, les titre se terminent souvent abruptement, les transitions intra-morceaux restent parfois gauches mais l'expressivité, voire la créativité du groupe est telle que ces réserves se dissolvent rapidement dans une joie communicative. Arcade Fire agit positivement sur le corps et l'esprit et on peut les en remercier...
Note : 14,5/20
Par Warszawa
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