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dayvan.cowboy

Mardi 9 janvier 2007
L'album le plus marquant de l'année nous vient du Texas et semble avoir opéré sur moi une morose addiction. Jonathan Meilburg délaisse quelque peu Okkervil River pour totalement s'investir dans son side-band et nous force à nous agenouiller face à ces 11 perles, magistralement écrites et interprétés. "La Dame et la Licorne" plante le décor avec sa structure alambiquée, torturée, à l'image de l'album. Du tubesque "Seventy-Four, Seventy-Fives", à la fascinante intimité de "Nobody", en passant (ou plutôt en s'attardant) sur le magistral "Johnny Viola", Shearwater nous fait virevolter à travers son univers folk, nous invite à ne pas citer de références, ou plutôt si: Palo Santo est l'album référence de l'année 2006. Point barre (-chocolatée fourrée au caramel).
Par Warszawa
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Samedi 13 janvier 2007
En effet, notre complaisance passive envers la technique nous conduit irrémédiablement vers la fin d’une humanité qui s’est crue assez forte pour oublier sa dépendance envers la Nature. Pourtant, depuis un siècle environ est apparu un phénomène qui peut paraître au premier abord négligeable. Néanmoins il est très certainement conducteur des premiers facteurs qui amèneront l’homme à vouloir (même si sa tentative sera peut-être déjà trop tardive) se libérer des chaînes ayant lourdement décimé sa lucidité. Paradoxalement, l’homme exprime du dégoût envers la technique même si sa faiblesse et ses besoins insatiables ne peuvent résister aux trop accessibles attraits des objets techniques.  Bien sûr, on ne peut généraliser à l’ensemble des domaines contaminés par la technique. Mais aujourd’hui, la technique nous effraie par bien des aspects : ces usine-poubelles, antre d’un machinisme archaïque mais si déshumanisant, fierté d’une Révolution Industrielle révolue, nous apparaissent comme des monstruosités architecturales. Ces gigantesques empilements de briques « jetés » dans la nature comme autant de boîtes de conserve ruinent le paysage autant que leurs vilaines cheminées le polluent de leurs exaltations toxiques et noires. Songeons à ces images dystopiques d’un hiver nucléaire imaginaire où l’homme cacochyme n’aurait plus à lutter contre aucune force naturelle. Le futur que nous offre la technique s’étend sur une voie asphaltée qui n’aboutit jamais que sur une autre voie asphaltée. De même, les fils électriques et téléphoniques, qui sillonnent le pays dans tous les sens, cassent le visage de nos champs et chemins comme des fissures la toile d’un maître. La technique n’a aucun égard à la sensibilité, elle ne vise que l’utile et le profit, mais elle ignore que le monde de l’utile et de profit est le même que celui de la sensibilité et de l’esthétique. C’est de là que peut venir le salut de l’homme. Michel HENRY écrit dans La Barbarie que « la sensibilité ne délimite pas un domaine particulier de l’expérience humaine, un secteur de l’Être qu’on pourrait en effet négliger pour mieux s’adonner à l’étude de tel autre. En  tant que substrat, la sensibilité est le Tout de l’expérience et ainsi le Tout du monde, ce en quoi celui-ci se propose nécessairement comme un Tout ». Avec un monde anéanti par la technique, l’homme perd ses repères sensibles et cette jouissance  fondamentale, infiniment supérieure à la simple consommation, du plaisir esthétique. Quand  un individu éprouve la beauté d’une œuvre musicale, il est comme ravi. Il est parcouru d’un sentiment complet de perception qui est ce ravissement. Ce n’est pas un organe qui est concerné. Une œuvre qui est belle n’est pas un excitant conditionnel pour une consommation. Il y a cette donation de présence de l’œuvre, et cette qualité particulière d’émotion, cette qualité par laquelle il se sent comme fasciné, sous le charme et dans laquelle, justement, il n’éprouve plus de désir. Il ne fait pas une expérience liée au désir ou à la satisfaction vitale. Il n’y a pas la montée du désir, la consommation et la satiété. Le plaisir survient tout entier, reste immobile aussi longtemps qu’il est tourné vers l’œuvre et sous son charme. Quelques émanations de R.WAGNER dans un vulgaire couloir du métro et le monde entier du désir, de la consommation, le monde gris ordinaire est comme aboli. Il y a cet instant comme hors du temps, cette majesté de la forme, cette puissance de l’harmonie qui capte la sensibilité. Je suis comme enlevé à ce monde du désir dans un sentiment de beauté et de sérénité. Et si j’éprouve une exaltation, elle est accompagnée de plénitude.  N’est-ce pas à travers la contemplation de la Nature que l’homme peut se libérer un instant du joug de la technique, de son mode de pensée aliénant, par une mise au ban temporaire des demandes impérieuses de ses désirs ? Malgré les multiples coups de serpe, la Nature nous réserve encore ces antres propices à la contemplation telles ces immensités sauvages et glacées de Patagonie. La contemplation n’est pas la simple perception qui n’est ni libre, ni désintéressée.  Seule la contemplation, comme l’explique BERGSON,  peut nous offrir un regard innocent sur la Nature. Or c’est à partir de ce regard innocent que l’homme prend conscience que ce détachement esthétique, comme une distance délicate, sensible et attentive, capable d’apprécier, d’observer et de goûter l’harmonie des formes, lui est indispensable. La contemplation possède la grande vertu de mettre fin à la prédation du monde par la volonté et le désir. Mieux, l’activité de l’esprit contemplatif possède un statut tout à fait différent de toutes les autres activités de l’esprit, car elle se déploie dans le détachement. L’homme peut alors s’extirper de cette course contre-le-temps dans laquelle la pensée technique le maintient et  enfin devenir spectateur conscient. La contemplation est un état de conscience spécifique, qui offre à cette conscience une bénédiction hors du temps. Ce temps grâce auquel la grande machination de la technique a pu se mettre en place, la technique agit aussi sur le temps et c’est aussi ce temps qui nous a rendu aveugle face à elle. L’homme est fautif en ce sens qu’il n’a jamais pu contrôler la vitesse de l’installation infectieuse de l’objet technique. Mais là, sa volonté est libre quand il contemple la Nature, modèle inégalable de toute œuvre d’art humaine. Et l’homme apprécie cette contemplation mais comprend que la condition permissive de cette contemplation, c’est-à-dire l’équilibre naturel. Ainsi, même si sa simple perception du monde lui donnait à comprendre que son propre avenir était en danger, il ne pouvait s’extirper du diktat de la pensée technique, de la recherche de l’efficience, de la satisfaction artificielle d’un besoin fictif pour un gadget quelconque. L’homme ayant goûté le bonheur d’une sensibilité épanouie par la contemplation ne peut rester insensible au mal qui ronge la nature, cette chose laide et immonde qu’il quittait jusque-là passivement dans ces mondes virtuels offerts par l’ennemi. Cet homme, qui par bêtise et endoctrinement était uniquement capable d’agir techniquement dans son domaine de prédilection, accède selon A.SCHOPENHAUER à « ce mode de connaissance pure, libre de tout vouloir, qui à vrai dire est le seul vrai bonheur, non plus un bonheur précédé de la souffrance et du besoin, traînant à sa suite le regret, la douleur, le vide de l’âme, le dégoût, mais le seul qui puisse remplir la vie entière, du moins quelques moments dans la vie ».  Durant l’effort contemplatif, l’homme coïncide à nouveau avec lui-même, sa volonté suspendue n’est plus attelée aux désirs et au tiraillement du temps psychologique, elle retrouve un peu de profondeur et de sérieux. Cette volonté condamne la vanité humaine, celle qui a voulu disposer de la Nature comme bon lui semblait grâce au progrès technique. De là, un lien fort avec l’artiste se crée.

    En effet, l’artiste est un être technicien. Le terme art (« ars » en latin traduit le mot grec « technè ») désigne aussi bien la technique, le savoir-faire, que la création artistique, la recherche du beau. L’artiste ne commence pas à partir de rien, il met en forme le matériau qui préexiste à son action. Il taille la pierre, il sculpte le bois, il coule le plâtre. L’artiste possède un talent : le talent artistique qui est surtout la résultante d’une application bien maîtrisée des règles de l’art, ce qui est obtenu avec un travail souvent laborieux. Ce talent est donc dépendant de l’aptitude de l’artiste à exercer une technique. Pourtant, l’homme talentueux qui maîtrise parfaitement une technique artistique ne peut être systématiquement qualifié d’artiste, il ne peut être qu’un vulgaire imitateur. Un véritable artiste a la capacité de dépasser sa simple compétence technique pour pouvoir créer l’œuvre d’art. Cette création ultime relève plutôt du génie, une notion indéfinissable, qui envelopperait le talent de technicien de l’art pour mieux le survoler des ailes de son inspiration. L’artiste a conscience que la simple expression de son talent ne suscitera qu’un léger enthousiasme. Un artiste n’obéit qu’aux lois qu’il se donne à lui-même. L’artiste ne crée d’ailleurs pas d’objets utiles, il ne crée donc pas de besoins matériels. Le pouvoir de l’artiste est bien plus essentiel en ce qu’il libère le pouvoir de la création. La puissance d’expression d’une œuvre d’art est essentiellement esthétique. L’artiste intervient dans le domaine vivant de la sensibilité.  Si, au contraire de la Nature, l’artiste est indépendant de l’objet qu’il façonne, ils ont tous deux ce pouvoir de création. Au moyen de son statut, l’artiste est un médiateur entre le simple mortel et la Nature. L’artiste est celui qui, explique BERGSON, a reçu de la Nature une sorte de « transparence ». Là où le voile qui couvre la perception ordinaire est épais pour la plupart des hommes, il est comme transparent chez l’artiste. Le peintre qui contemple un paysage goûte les ombres et la lumière, un contraste unique, que l’homme pratique ne remarque pas. Le poète perçoit des harmonies dans les mots, un chant de la pensée qui est devenue sensible, que nous n’entendons pas dans notre discours habituel. C’est par ces compétences précises que l’artiste est en mesure de jouer un rôle prépondérant dans l’effort de l’homme à une contemplation de cette œuvre d’art qu’est la Nature ; cet homme corrompu par une technique dont il prétendait se porter garant, cet homme corrompant par sa pensée technique l’équilibre de sa propre nourrice, a pourtant un avenir. BERGSON dit aussi que la plus haute mission de l’art, et implicitement de l’artiste, est de nous faire découvrir la Nature, de nous faire rencontrer la réalité par la voie de la sensibilité. En abordant le monde à travers une relation sensible, voire poétique, l’individu pratique peut accéder à cette forme d’innocence qui lui permet d’être subjugué par la beauté d’un paysage au lieu de prendre dans ce même paysage du monde ce qui l’intéresse pour l’action présente, l’action continue sur lequel se développe l’élan du progrès technique. L’artiste est capable de faire naître en nous cette jouissance à la contemplation car l’inspiration, cet état de conscience particulier, dans lequel se trouve mise entre parenthèses la dimension humaine de l’artiste au cours du processus de création, au profit d’une puissance qui le dépasse. Mais cette puissance est positive, et va permettre à un individu de ressentir ce plaisir de contemplation face à l’œuvre, plaisir assimilable à celui qui provient devant un paysage naturel magnifique. L’artiste en se détachant de la technique est un modèle en soi pour le technicien pur, individu dominant dans nos sociétés d’aujourd’hui. Il n’est pas cet ouvrier qui suit un plan, son travail est créateur dans un sens très élevé, car l’œuvre émerge, il la voit apparaître et reste cependant toujours en mesure de la contrôler. Il détermine les moyens de créer son œuvre au fur et à mesure qu’il travaille. L’activité artistique est véritablement le parfait exemple du travail créateur qui s’oppose à un travail seulement technique. En plaçant la vie humaine sous un angle artistique, l’artiste découvre qu’il est créateur de sa propre existence et il se doit de porter ce message à l’homme pratique qui n’aura pas la force de renverser à son avantage originel les rapports de domination entre la technique et l’humanité.
       
    Bien entendu, cet effort à la contemplation n’est pas un appel au retour à la nature. Il a pour but de s’exiler intérieurement pour ne plus agir en terme de temps et d’efficacité permanente et ainsi être durement frappé par la réalité du monde sans avoir à encourir les souffrances engendrées par les désirs insatiables que suscitent la multiplicité des objets techniques. D’ailleurs l’idée d’une vie en harmonie avec la nature au sens strict du terme semble contestable. La nature, comme la technique, n’est pas par essence désignable comme « bonne ». L’idée d’une vie plus « naturelle » est l’idée de la nature comme norme dont il faut se rapprocher pour se sentir bien, et qui, si on s’en éloigne, se paye par un écart de santé et de bonheur. La nature fournit tout aussi bien eau, nourriture, vie et croissance qu’elle nous offre de maladies, de disettes, de déclins et de morts.  L’homme ne peut certainement pas non plus rejeter la technique. Il est incontestable que c’est en prenant distance par rapport à la nature que l’homme a pu petit à petit, au fur et à mesure de ses inventions, améliorer progressivement sa qualité de vie. Et cette distance, c’est la technique. Mais cette distance doit aussi exister entre l’homme et la technique : c’est la distance critique. Cette distance qui permet de définir l’artiste autrement que par son aptitude à maîtriser l’ensemble des techniques de son art.  L’humanité a le tort de croire que son accomplissement en tant que telle repose uniquement sur le progrès scientifique et technique même si il est rationnel d’espérer une amélioration de la condition humaine par de nouvelles techniques. Mais ces innovations ne doivent pas se faire au détriment de ce qui fait la force de l’homme comme la puissance créatrice et le génie font la force de l’artiste, c’est-à-dire son intelligence et son langage. Si la contemplation permet de converser avec soi-même, le spécialiste qui relativise sa réflexion fragmentaire et ouvre les champs de sa pensée fait entendre la voix de son intelligence précédemment inhibée par la seule pensée technique. Enfin, en contemplant l’œuvre d’un artiste ou de la Nature, tout individu commence à développer une aptitude au jugement esthétique. Ce jugement esthétique peut permettre de renouer avec des formes de culture que la pensée technique moderne tendait à sous-estimer au profit de ces loisirs virtuels abrutissants. En fait, à l’image de l’artiste, l’homme doit faire de la technique une condition, parmi d’autres, de son accomplissement.
Par Warszawa
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Lundi 22 janvier 2007
La technique corrompt certainement notre vision des conséquences de son action sur le long terme. L’homme, dans la majorité des cas, ne voit que les bénéfices immédiats qu’il peut en tirer. De même, les penseurs des Lumières s’étaient hâtivement enthousiasmé par la perspective de l’avènement d’un monde meilleur grâce aux techniques nouvelles fondées sur le progrès scientifique. Alors que l’outil était originellement une véritable continuation de la main et supposait donc l’action de l’homme pour exécuter une technique, l’inflation grandissante des objets techniques nous entourant ressemble à une véritable invasion. Ces objets semblent utiles car ils répondent aux prétendus besoins de l’homme. Mais à y regarder de plus près, les besoins se multiplient avec l’arrivée de nouvelles techniques. La brosse à dents électrique, le ramasse-miettes nous offrent-ils un confort particulier ? Avec ces gadgets, la volonté de supprimer la fatigue devient ridicule. La machine invite l’homme à la passivité. L’homme, jadis actif en tant que chasseur, pêcheur ou cultivateur devient fainéant. Dès lors le pire est à craindre : une humanité en fauteuil roulant, manipulant un clavier et quelques boutons pour faire apparaître l’objet de leurs désirs. L’homme est incapable de discerner les objets et les gadgets. Pire, comme le dit M. Henry, la technique prolifère, comme se développe les cellules du cancer, bien au-delà de l’utilité à laquelle elle devait et devrait toujours répondre. L’objet technique post-moderne est bien trop souvent à vocation futile et gratuite. La technique nous fait dangereusement rompre avec la réalité. Cette tendance se confirme à travers la télévision qui façonne à son gré notre vision du monde, vision fallacieuse et artificielle qui attise d’ailleurs par l’intermédiaire de la publicité, nos désirs qui transforment ces gadgets inutiles en besoins. La technique s’amuse des désirs insatiables de l’homme, pire elle transforme l’homme. Elle le détourne d’autrui et détruit tout dialogue : la communication virtuelle empêche le débat d’idée et par la même l’homme n’est plus obligé de s’investir pour se construire cette personnalité propre qui lui permettrait peut-être de s’insurger de l’aliénation que la technique est en train d’opérer sur lui.  La technique est un mode de pensée,  nous ne pouvons imaginer un monde futuriste sans l’assimiler à une omniprésence technique. Alors qu’elle lui promettait la liberté, la technique a placé l’homme sous son joug. La technique est devenu un processus de la pensée humaine, une véritable raison technique qui vise, comme le montre J.ELLUL, un but précis : l’efficacité, mieux, l’efficience : « la recherche du meilleur moyen dans tous les domaines ». La technique a placé l’individu sous son emprise, ce dernier est incapable de dissocier la technique et son usage : c’est la rationalisation. L’expression « on n’arrête pas le progrès » est lourde de sens, ce n’est pas ce processus inéluctable qui mène vers une humanité meilleure mais une progression qui suit son propre cours, et s’auto-développe indépendamment de notre volonté.

La technique est parvenue à un tel degré d’autonomie que l’humanité se définit aujourd’hui par rapport à elle. L’homme d’aujourd’hui n’est que pur technicien évoluant dans une civilisation technique. L’homme se spécialise à l’extrême pour maîtriser parfaitement un savoir-faire le rendant à même d’être le plus efficient possible dans la tâche pour laquelle il est rémunéré. Bien sûr, on peut être redoutablement efficace d’un point de vue technique mais la fragmentation extrême du savoir  conduit à son ésotérisme traduit par l’équation problème-analyse-solution-technique. Notre pensée technique n’est qu’objectivité : l’expert, le spécialiste pense de manière mécanique et tend à simplifier à l’excès. Un « esprit » technicien qui ne propose que des solutions techniques à des questions humaines dénote malheureusement une étroitesse d’esprit, une perte de bon sens, et pire, une carence en culture. Par un effort de dépoussiérage, l’homme pourrait se souvenir que la Culture était pourtant jadis désigné par le terme d’ »humanités ». Si l’homme cultivé manifeste un haut degré de conscience, une pensée ouverte, une sensibilité développée et s’éprouve comme partie prenante d’un monde qui déborde l’exercice d’une seule activité, le technicien ne réfléchit quand terme de moyens. Le système éducatif d’aujourd’hui s’est incliné face à la technique, il ne nous propose que des « compétence » et non pas de l’ « humanité ». L’instruction n’est d’ailleurs qu’une formation. Il s’agit d’offrir au « marché du travail » des individus « fonctionnels ». Pire, l’intelligence du technicien est de plus en plus assimilable à l’intelligence artificielle de la machine : la dimension de son humanité consciente est neutralisée.  La technique a donné naisssance à une civilisation de l’artifice qui s’enivre de ses propres productions en décalage avec la vie, elle tend à former des humains sans conscience voué à une vie de pacotille. Pire, la technique devient chaque jour plus autonome, elle alimente sa propre croissance, une innovation en entraînant l’autre.  L’homme devient le maillon faible dans un univers technique comme nous le rappelle le dicton : « l’erreur est humaine ». Même le pur technicien ne peut lutter face à une machine qui calcule mieux, plus vite et sans risque d’erreur. Mais, alors la solution implicite n’est-elle pas de supprimer l’homme actuel, ce « ratage » pour citer J.ELLUL ? Non, ma machine obéit à une froide logique et c’est à l’homme de s’adapter et comme elle devenir fonctionnel. Cela implique qu’il devienne donc strictement inconscient de lui-même. C’est un renversement des valeurs, l’intelligence humaine n’est plus définie par la technique, celle-ci lui impose sa logique impersonnelle et l’intelligence artificielle. L’impersonnalité technique, c’est l’instauration d’un régime de pensée obéissant aux impératifs et à la logique de la technique sans discussion possible.  L’homme a perdu tout contrôle sur la technique. Elle est un processus mécanique, elle n’a pas besoin de fins car elle même est le moyen de son développement propre. Elle est ce train filant à grande vitesse, qui s’emballe et emporte ceux qui sont montés à bord sans retour en arrière. La technique est totalement indifférente à l’existence de l’homme, à la Vie, alors qu’elle avait été judicieusement pensé pour la servir. L’homme lui est éblouit, étourdit et finalement aveuglé par le procès technique dont il se fait lui l’expression.
 

    En effet, il est extrêmement difficile d’établir le potentiel réel d’un ordinateur et très peu d’individus sont à même de le pousser dans ses retranchements. En voulant supprimer toutes les éventualités de bavures humaines dans l’organisation rationnelle d’un processus technique prétendant à la perfection de l’efficience, il faut logiquement supprimer la pensée humaine et son lot d’émotions rendant plus difficiles son adaptation. L’homme devient un fantôme dans son univers technique virtuel. Il est totalement aveuglé. Il est à même de découvrir le désastre opéré sur la Nature, il étudie et mesure d’ailleurs par divers moyens techniques l’espérance de vie de la Terre sur laquelle il respire pour quelques années encore. En voulant accélérer le temps, l’homme a déréglé l’horloge de la Terre. En la vidant de sa substantifique moelle, l’homme se condamne à un jour accepter sa défaite contre la Nature et ce de la pire façon qu’il soit : en sombrant avec elle. Bien sûr, hommes politiques et chercheurs bien intentionnés recherchent et proposent même des esquisses de solutions contre l’Apocalypse. Mais ces propositions sont elles-mêmes des solutions techniques alimentant le cercle vertueux, vicieux, infernal et fatal de la dynamique du progrès technique. D’ailleurs, dans les sociétés capitalistes financières, la loi du profit prévaut et tout projet écologique stagne au niveau embryonnaire. L’ère du capital et de la technique ne craint malheureusement que la conjoncture économique. D’ailleurs l’homme serait-il en mesure de réclamer un pardon à la Nature après avoir jouit sur elle à l’exercice de sa Volonté de puissance ? Il faudrait premièrement qu’il en prenne véritablement conscience : or l’homme n’évolue plus dans la Nature mais dans un environnement, le paysage n’est qu’un cadre de vie. Comment l’homme peut-il être véritablement effrayé par la technique comme il peut l’être par l’obscurité de la forêt (ou ce qu’il en reste…)  ? Ici réside le penchant le plus malsain de la technique : sa perversité. Si elle est un parasite auto-reproducteur,  elle a aussi ancré l’homme dans une virtualité et une déculturation. L’homme ne peut affirmer lutter pour la Vie alors qu’il la traverse lui-même comme un fantôme. Bercé et conforté dans son absence d’opinion par les médias populaires, l’envie de réintégrer le monde réel et son corps de chair ne lui revient que de moins en moins souvent. Seule sa pensée technique se doit de rester cohérente. L’homme n’est plus volontairement complice de la destruction de son univers réel par l’action « arraisonnante » de la technique. En effet, selon M.Heidegger, la dangerosité de la technique ne réside pas tant dans l’usage que l’on en fait mais dans ce quelle contient dans son essence. La technique, comme le policier, arrête, inspecte, ar-raisonne. Le danger de la technique n’est pas primordialement dans l’utilisation qui est faite de la technique, mais dans l’esprit qui l’anime depuis son origine, dans la logique qu’elle conduit. Cette logique destructrice menace aujourd’hui l’humanité et l’homme n’a plus la dimension critique pour la reprendre en main.
Pourtant, une prise de conscience radicale du projet techniciste est nécessaire. Heidegger a foi en cette reconsidération salvatrice en citant Hölderlin : « Mais là où il y a danger, là aussi croit ce qui sauve ».
Par Warszawa
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Mardi 23 janvier 2007
L’homme, être technicien a très vite perçu la technique comme un don. L’ « homme nu » originel, dépourvu de toute arme et de toute protection naturelle, fut sauvé par Prométhée, ce dernier lui remettant le feu de la technique et les « sciences propres à conserver la vie », comme le rapporte Platon dans Protagoras. La technique répond véritablement à un besoin humain profond et son apparente bienveillance ne peut qu’hypnotiser l’homme qui, au cours de son évolution, a vu ses conditions de vie totalement bouleversées par la technique. Mieux, avec la Renaissance puis les Lumières, lorsque le projet scientifique promettait à la technique de faire de véritables miracles, que leur alliance apporterait le bien-être de l’homme à travers leurs bénéfices et leur utilité pour nos vies. La science nous offre en effet bien davantage qu’un savoir empirique, c’est-à-dire une connaissance des causes capables de délivrer une technique, technique pouvant garantir un progrès de la condition humaine. Cette nouvelle approche de la science, centrée sur l’action et délivrant l’homme de son incompréhension des forces de la Nature (le Feu, les Airs, les Cieux…). Dès lors, la connaissance des lois de la Nature ouvre des perspectives infinies et donne un pouvoir sans limites à l’homme qui s’est rendu à même de transformer le savoir scientifique en savoir-faire technique. Bon, ce postulat de départ défini, la science étant devenue l’instrument privilégié de la technique, quelles fins l’homme peut-il prêter à cette dernière ? Celles que l’homme va se fixer. Ces fins sont donc tout d’abord au service de son confort. Le confort « technique » nous éblouit de prime, s’installe en nous, s’incruste dans nos modes de vie et habitudes et finalement s’impose à nous comme fondamental. Un individu occidental lambda éprouverait d’immenses difficultés à évoluer au quotidien sans électricité alors que ce n’est qu’au cours du XIXe siècle que ses propriétés ont été comprises. Le rêve s’est ensuite réalisé, aujourd’hui, cette « fée » électricité, support d’autres innovations techniques, développe le champ des possibles en innovations techniques en offrant une énergie que l’homme pense illimitée. Mieux, la technique permet à l’homme de prendre un ascendant dans son combat séculaire mais éternel contre les forces du temps. En effet, cette illusion, qui telle la gangrène, ronge l’homme au fur et à mesure qu’il vieillit portes ses espoirs sur le projet technique. L’hypothétique « fontaine de Jouvence » est-elle accessible ? Non, mais le train, puis la voiture et enfin l’avion, en réduisant les distances géographiques, ont surtout élargi les possibilités et les potentialités humaines au cours de leur seule vie. Les réseaux informatiques permettent une transmission plus rapide des informations humaines, l’aspirateur permet une collecte plus rapide de la poussière et plus généralement la machine permet un meilleur rendement : l’homme produit plus en moins de temps. En parallèle, son labeur est moindre. La technique, ou cette course contre le temps, a donc accéléré le projet du progrès de l’humanité. A ces relatives victoires contre le Temps, destructeur et évanescent, on ajoutera  que sa lutte contre l’échéance finale, l’incurabilité de la maladie ou la trop faible espérance de vie a été aussi permise par l’amélioration des techniques médicales découlant d’une meilleure compréhension scientifique du corps humain. La première transplantation cardiaque en 1967 est perçue comme une victoire décisive de l’homme et cette limite franchie donne conscience à l’homme de sa capacité grandissante à repousser les limites d’une vie humaine grâce au projet technique. D’ailleurs, avec l’avènement de la technique, le recul lent, progressif mais remarquable d’un christianisme longtemps réfractaire au progrès. L’homme moderne qui n’est plus dans l’expectative d’un Au-Delà idyllique s’est donc donné les moyens, par les nouvelles sciences de la Vie, de reculer sa fin. Ces moyens techniques permettant une maîtrise accrue de la vie, du temps sont finalement l’expression d’une jouissive vengeance de l’homme à l’égard de son dépouillement originel.

{fin des propos sur la technique}
Par Warszawa
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Vendredi 26 janvier 2007
« La question des valeurs est plus fondamentale que la question de la certitude : cette dernière ne devient sérieuse qu'à condition que la question de la valeur ait déjà trouvé réponse ». Friedrich Nietzsche.



"Que serait-ce si, de jour ou de nuit, un démon te suivait une fois dans la plus solitaire de tes solitudes et te disait : « Cette vie, telle que tu la vis actuellement, telle que tu l'as vécue, il faudra que tu la revives encore une fois, et une quantité innombrable de fois; et il n'y aura en elle rien de nouveau, au contraire ! il faut que chaque douleur et chaque joie, chaque pensée et chaque soupir, tout l'infiniment grand et l'infiniment petit de ta vie reviennent pour toi, et tout cela dans la même suite et le même ordre - et aussi cette araignée et ce clair de lune entre les arbres, et aussi cet instant et moi-même. L'éternel sablier de l'existence sera retourné toujours à nouveau - et toi avec lui, poussière des poussières ! » - Ne te jetterais-tu pas contre terre en grinçant des dents et ne maudirais-tu pas le démon qui parlerait ainsi? Ou bien as-tu déjà vécu un instant prodigieux où
tu lui répondrais: «Tu es un Dieu, et jamais je n'ai entendu chose plus divine ! » Si cette pensée prenait de la force sur toi, tel que tu es, elle te transformerait peut-être, mais peut-être t'anéantirait-elle aussi; la question «veux-tu cela encore une fois et une quantité innombrable de fois», cette question, en tout et pour tout, pèserait sur toutes tes actions d'un poids formidable ! Ou alors combien il te faudrait aimer la vie, que tu t'aimes toi-même pour ne plus désirer autre chose que cette suprême et éternelle confirmation ! "
Le Gai Savoir § 341
Par Warszawa
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