Avec l’avènement de la science, qui, au contraire du dogme religieux, repose sur des critères précis de vérification permettant une objectivité des résultats, l’homme serait tenté de penser la science capable de mettre la religion au tapis sur leurs différents terrains de conflit séculaires. La science a en effet pris une subite importance au XVIe siècle « et a depuis lors façonné toujours davantage les idées et les institutions parmi lesquelles nous vivons », comme nous l’indique B.RUSSELL. La connaissance scientifique est bien souvent perçue comme rationnelle, par opposition à l’irrationnel religieux, dans une logique de dualité. L’interprétation courante que l’on a de la représentation scientifique marque une rupture, par rapport à une pensée dite préscientifique. Si la science progresse, c’est en gagnant du terrain contre son contraire, l’irrationnel. À cette aune, les religions instituées apparaissent comme des montages artificiels et nocifs, ou au mieux insignifiants. De ce point de vue, rappelons la relative complexité de la religion au niveau social qui présente trois aspects incontournables : une Eglise, un credo, un code de morale individuelle. Ce sont ces aspects qui entérinent le conflit avec la science et le sentiment de pouvoir s’y substituer par cette dernière. La science a en effet bien souvent réfuté par des observations éclairées certains dogmes chrétiens (ce fait caractérise une spécificité occidentale) que les théologiens jugeaient indispensables à l’orthodoxie). Dans son Histoire Naturelle (1749), BUFFON affirmait « que les montagnes et vallées actuelles de la terre sont dues à des causes secondes et que ces montagnes finiront par détruire tous les continents, montagnes et vallées, et par en reproduire d’autres semblables ». Comme « causes secondes » ne désignent pas le Dieu créateur, cette assertion fut jugée « répréhensibles et contraires à l’enseignement de l’Eglise ». Très vite, il fut tentant d’imaginer que les lumières de la raison devaient faire disparaître ces religions au credo décrédibilisé ou la réduire à une affaire d’opinion, de croyance subjective, et cette conception est devenue l’idée rectrice de la conscience moderne. Elle inspire aussi bien la politique agressive de déchristianisation conduite par la Révolution française que la pratique tolérante de la Ve République qui « respecte toutes les croyances » c’est-à-dire ne reconnaît en fait aucune religion, mais seulement la liberté d’opinion des individus. Ces Etats laïques serait-il dès lors la preuve que les sociétés et les individus peuvent se passer de religion selon l’idéal des Lumières.
Par Warszawa
-
Publié dans : dayvan.cowboy
0
-
Recommander