Si l’on considère que le droit permet le maintien d’un ordre social, supposé voulu par l’Etat et ses citoyens, ces mêmes citoyens admettront que cet ordre social est l’état- et l’Etat- dans lequel la propriété de chacun est respectée. Il semble dès lors facile de se convaincre que le respect des lois a pour but de maintenir les choses en place.Si cette analyse reste juste tant qu’elle s’attache aux choses et aux biens qu’un homme a pu acquérir légitimement, elle prête à la polémique dès lors que la propriété recouvre des situations d’inégalité flagrantes entre les hommes. La propriété a une dimension historique, elle n’est pas tombée du ciel comme une bénédiction accordée à certains, pendant que d’autres recevaient en partage la misère. Dès lors, la violence et les rapports de force transparaissent de l’acquisition d’une propriété. S’agissant de la propriété de la terre, elle est originellement acquise par le premier individu qui s’en est emparée. Cette emprise est un acte de force. Pourtant, le fait de transmettre cette terre à des descendants est un acte de droit. Les conquêtes soulignent cet apparente primordialité illégitime du droit. Les colons qui s’emparaient d’un territoire plantaient un drapeau afin d’indiquer qu’une île, une forêt étaient sous la juridiction de la Couronne d’Espagne ou du Portugal. Qu’importe si cela coûtait la vie de milliers d’« indigènes ». N’est-ce pas en premier lieu un rapport de force inégal qui a instauré une répartition de la terre, un rapport que le droit a seulement sanctionné ensuite ? Dès lors, pourquoi l’individu humain serait tenu de respecter la propriété ? Malgré tout, il paraît impensable de reprocher aux Américains le droit qu’ils ont à occuper leurs terres aujourd’hui, bien que ce droit recouvre le massacre de la civilisation amérindienne. De là, par un même processus, le vol, au fil du temps, tend à devenir une propriété légale, à travers l’inscription d’une coutume par l’habitude ou encore le pardon d’une religion. Ces facteurs de légitimation effacent ce qu’ont pu être les origines du droit, de la propriété, aussi injustes qu’elles pourraient être. Le droit, et son origine, est invité à la remise en question quand il concerne une situation qui a été instaurée par la force, puis acceptée par habitude comme ce fut par exemple le cas pour les trésors de guerre nazis. Or si le droit est la sanction après-coup d’un état de fait, par opposition à l’état de droit qui exprime ce qui devrait être selon les lois en vigueur, qui résulte d’un rapport de force, il semble qu’il est aussi l’expression de la force. Le droit, incontournable dans l’imaginaire collectif, ne peut être pleinement affirmé, et donc peut-être sujet au rejet, car il suffit dans le cas préalablement traité d’un autre rapport de force, d’une révolution pour imposer un nouveau rapport de droit. Cela pose un problème grave : le principe que l’on en tire est qu’au fond, le droit est toujours le droit du plus fort.
Par Warszawa
-
Publié dans : dayvan.cowboy
0
-
Recommander