Okkervil River est l'autre groupe de Meilburg et Sheff, éminents membres de Shearwater. Ici, ce dernier nous transporte en des contrées inconnues, où Bien et Mal subsistent mais sous une forme bien plus poétique, à l'aide de sa voix parfois poussée à la limite de la justesse comme l'auditeur de l'extase. Ce qui crée l'homogénéité de l'album, c'est son excellence à tous les niveaux: une instrumentalisation efficace, entre sobriété et foisonnance, des mélodies complexes mais entêtantes. Paradoxalement, si l'album est efficace aux premières écoutes, jamais la lassitude ne guettera. En fait, cet album n'est que terriblement humain : chaque morceau dévoile une fragilité, un aspect bancal tout bonnement attachant, et même carrément addictif. Le refus d'une musique aseptisée est toujours payant.
Le genre ? Quelque part entre le folk, le rock psyché, voire la pop, cet album est avant tout inclassable de par originalité, sa volonté de progresser à travers les mélodies: cette musique nous déséquilibre,nous surprend à chaque seconde mais ne nous quitte jamais grâce à cette incontestable franchise. Okkervil River a confiance en son auditeur et lui offre un voyage risqué mais salvateur. Ce dernier en ressort groggy mais heureux dans son acceptation la plus simple. D'ailleurs, cette progression est pleinement concrétisée par le dernier titre, Seas Too Far To Reach, le sommet de ce disque, oeuvre majeur d'un groupe trop confidentiel.
Note: 19/20

Après son "Mémoires de nos Pères" au scénario ciselé et pertinent, au traitement subtil mais souffrant d'un relatif manque d'efficacité, carence certainement due à cette volonté de transparence, de clarté chère à ce formidable perfectionniste qu'est Eastwood, "Lettres d'Iwo Jima" étonne de prime abord par sa photographie tendant à l'épuration des couleurs, à l'expression d'une teinte sépia désuète, déprimante (à l'image de la guerre ?). Si le spectateur doit être éblouit, ce n'est certainement pas par l'image formelle mais plutôt par cette pathétique aventure humaine que constitue cette bataille, vain chant du signe d'une armée japonaise, vouée d'avance à sa perte mais menée par un esprit patriotique inoxydable, ce qui démontre avec plus de force encore la prise de pouvoir, en temps de guerre, de l'esprit collectif, prêt à tant de sacrifices, au détriment de la conscience individuelle, certainement hostile au hara-kiri, symbôle d'un Etat qui fait prévaloir le prestige d'une nation avant le bien-être de sa société, condition sine qua non de son existence. La linéarité du récit renforce l'irréversiblité du dénouement. De plus, ce brillant exercice de style est servi par des acteurs brillants, expressifs et jamais cabotins, ce qui ne fait que renforcer la dimension universelle du propos eastwoodien, propos au combien important, mais si souvent négligé. Un dernier détail: la bande originale est aux petits oignons...
Note: 17/20
Si l’on considère que le droit permet le maintien d’un ordre social, supposé voulu par l’Etat et ses citoyens, ces mêmes citoyens admettront que cet ordre social est l’état- et l’Etat- dans lequel la propriété de chacun est respectée. Il semble dès lors facile de se convaincre que le respect des lois a pour but de maintenir les choses en place.Si cette analyse reste juste tant qu’elle s’attache aux choses et aux biens qu’un homme a pu acquérir légitimement, elle prête à la polémique dès lors que la propriété recouvre des situations d’inégalité flagrantes entre les hommes. La propriété a une dimension historique, elle n’est pas tombée du ciel comme une bénédiction accordée à certains, pendant que d’autres recevaient en partage la misère. Dès lors, la violence et les rapports de force transparaissent de l’acquisition d’une propriété. S’agissant de la propriété de la terre, elle est originellement acquise par le premier individu qui s’en est emparée. Cette emprise est un acte de force. Pourtant, le fait de transmettre cette terre à des descendants est un acte de droit. Les conquêtes soulignent cet apparente primordialité illégitime du droit. Les colons qui s’emparaient d’un territoire plantaient un drapeau afin d’indiquer qu’une île, une forêt étaient sous la juridiction de la Couronne d’Espagne ou du Portugal. Qu’importe si cela coûtait la vie de milliers d’« indigènes ». N’est-ce pas en premier lieu un rapport de force inégal qui a instauré une répartition de la terre, un rapport que le droit a seulement sanctionné ensuite ? Dès lors, pourquoi l’individu humain serait tenu de respecter la propriété ? Malgré tout, il paraît impensable de reprocher aux Américains le droit qu’ils ont à occuper leurs terres aujourd’hui, bien que ce droit recouvre le massacre de la civilisation amérindienne. De là, par un même processus, le vol, au fil du temps, tend à devenir une propriété légale, à travers l’inscription d’une coutume par l’habitude ou encore le pardon d’une religion. Ces facteurs de légitimation effacent ce qu’ont pu être les origines du droit, de la propriété, aussi injustes qu’elles pourraient être. Le droit, et son origine, est invité à la remise en question quand il concerne une situation qui a été instaurée par la force, puis acceptée par habitude comme ce fut par exemple le cas pour les trésors de guerre nazis. Or si le droit est la sanction après-coup d’un état de fait, par opposition à l’état de droit qui exprime ce qui devrait être selon les lois en vigueur, qui résulte d’un rapport de force, il semble qu’il est aussi l’expression de la force. Le droit, incontournable dans l’imaginaire collectif, ne peut être pleinement affirmé, et donc peut-être sujet au rejet, car il suffit dans le cas préalablement traité d’un autre rapport de force, d’une révolution pour imposer un nouveau rapport de droit. Cela pose un problème grave : le principe que l’on en tire est qu’au fond, le droit est toujours le droit du plus fort.
Par Warszawa
-
Publié dans : dayvan.cowboy
0
-
Recommander
Tout comme dans les religions monothéistes, l’homme grec était soumis au divin dans l’antiquité : comme le serviteur au maître dont il dépend. Mais comme l’indique J.P.VERNANT et au contraire de la religion chrétienne, « la piété de l’homme grec n’emprunte pas la voix du renoncement au monde, mais de son esthétisation ». Même si la distance des dieux aux hommes est infranchissable, l’homme grec a pourtant le sentiment d’une proximité, chaque manifestation d’harmonie terrestre lui semble refléter l’ordre divin. De plus, le culte introduit dans la vie des hommes une dimension nouvelle faite de beauté, de gratuité, de communion heureuse. Même s’il dépend de la divinité, l’homme grec peut lui s’accomplir durant sa vie. D’ailleurs, l’espoir d’une immortalité n’entre pas dans le cadre du commerce avec la divinité. Le pieux chrétien en qui est ancré le sentiment de dette ultime à son Dieu en devient l’esclave, le débiteur soumis à vie à son créancier, il cesse du coup d’être libre. L’homme grec rend lui le monde des dieux assez lointain pour garder, par rapport à lui, son autonomie. Il ne se sent pas devant l’infini du divin, impuissant et réduit à rien. Le Chrétien exprime sa misérabilité jusque dans l’art. L’aspect majestueux des cathédrales gothiques n’exprime-t-il pas la volonté d’élévation vers Dieu, l’homme n’ayant rien à espérer de sa vie terrestre. Dès lors, l’homme chrétien nie le sens fondamental d’une vie : dans tout le champ des choses humaines, il s’agit pour chacun d’entreprendre et de persévérer pour réussir. Par contre, l’homme grec montre que le cas chrétien n’est en rien à généraliser. Celui-ci ne peut se passer de cette religion qui introduit dans la vie des hommes ce que J.P.VERNANT désigne comme « une dimension nouvelle, faite de beauté, de gratuité, de communion heureuse ». Les religions polythéistes antiques présentaient de plus une réelle cohérence dans leur mythologie. De nos jours, de nombreux dogmes se voient réfutés par la science moderne qui a réellement décrédibilisé son message et a sévèrement porté atteinte à son rayonnement.
Par Warszawa
-
Publié dans : dayvan.cowboy
0
-
Recommander
Les religions occidentales, chrétiennes notamment, ont imposé à l’homme une morale qui n’est clairement pas une nécessité de la nature, mais seulement un produit de son histoire ou de l’évolution de certaines civilisations. Il est possible de soutenir que cette morale est désuète au sens où elle n’a plus lieu d’être puisque les raisons cachées et sous-jacentes qui la soutenaient ont été dévoilées. Cette forme de morale issue du christianisme qui voit dans l’homme un pêcheur, c’est-à-dire un être fondamentalement souillé par la faute originelle et qui doit sans cesse combattre le mal qui est en lui, conduit à une morale de la mauvaise conscience. Il s’agit de la conscience malheureuse, qui doute toujours d’elle-même et qui est toujours insatisfaite d’elle-même parce qu’elle a le sentiment de ne jamais être en accord avec les fins qu’elle poursuit tout en se considérant comme libre et donc comme responsable de ne pas les atteindre. Cette conscience conduit l’homme à se dénigrer lui-même et à refuser le bonheur que pourrait lui offrir l’expression de la vie qui est en lui, la libre expression de ses désirs et l’affirmation de son individualité. Cette morale n’est certainement pas le seul guide possible pour aider à bien conduire nos actions, cette loi transcendante à laquelle nous devons nous soumettre pour conquérir et gagner notre salut. Nietzsche montre clairement qu’une telle morale repose principalement sur la soumission, sur la propension du plus grand nombre à obéir, c’est pourquoi la morale est principalement respect de la tradition : cette « autorité supérieure à laquelle on obéit, non pas parce qu’elle commande l’utile, mais parce qu’elle commande », indique Nietzsche dans Aurore. La morale chrétienne résulterait d’une domination de la faiblesse sur la force, de la peur sur la vie, de la servilité sur le courage de s’affirmer soi-même au risque de sa vie. Cette morale est une morale d’esclaves qui retournent contre eux-mêmes leur ressentiment et qui font l’éloge de la faiblesse et de l’humilité pour empêcher ceux qui veulent sortir du « troupeau des hommes » de s’exprimer et de s’affirmer. Mais si l’homme prend conscience de cette morale prônée par la religion chrétienne, il rend cette morale désuète, il met en lumière l’évidence qu’elle n’a plus lieu d’être, elle qui est le produit d’une réaction de la vie contre elle-même, de la vie qui a peur de se mettre en jeu pour s’affirmer.
Par Warszawa
-
Publié dans : dayvan.cowboy
0
-
Recommander