Lundi 9 avril 2007
La conception classique du droit, inaugurée par Aristote, prolongée par le droit romain et par Saint THOMAS se laisse elle caractériser par une vision claire des rapports entre politique, morale et droit. Quant à la relation entre droit et politique, Aristote a certes perçu que le droit, entendu en toute rigueur, ne trouve son sens que sur le terrain de la politique : le juste, que vise le droit, n’est en effet à ses yeux que l’équilibre entre les divers citoyens d’une cité, c’est-à-dire la répartition équitable des biens, des honneurs et des charges. Stricto sensu, il n’est en effet de rapports juridiques que là où il existe des intérêts véritablement distincts. Ainsi, le droit ne saurait intervenir dans les rapports de l’individu avec lui-même : on ne parle d’ « un homme juste » que par métaphore et selon un emploi dont il vaudrait mieux se garder, puisqu’il risquerait d’induire une confusion entre le droit et la morale. Pour autant, si Aristote a bien perçu que la science du droit est avant celle du droit civil, visant des rapports justes entre citoyens d’une même cité, il n’a jamais tendu à réduire le travail juridique à la collection et à l’application des lois positives émanant de l’autorité politique : la considération du juste, qui est au principe de la loi, doit en effet intervenir aussi comme correctif de la loi positive,- non seulement parce que celle-ci peut émaner d’une autorité plus ou moins compétente, mais aussi parce qu’en tout état de cause la loi positive est rigide et doit sans cesse être corrigée pour s’adapter aux circonstances. Bref, le juridique intervient ici au nom de l’équité pour corriger les lois écrites auxquelles recourt l’autorité politique : nulle réduction du droit ne s’est donc encore accomplie, chez Aristote, à une application neutre des lois positives et, si le droit se situe par essence sur le terrain politique, son autonomie est principielle à l’égard du pouvoir politique. La réalisation du meilleur régime, donc de la cité juste, c’est-à-dire la réalisation politique du droit, n’est pas confiée chez les Grecs, à une nécessité de l’histoire, mais serait bien davantage conçue en termes de chance, -comme on le voit par exemple chez PLATON, où l’accomplissement du juste politique dépend de la rencontre imprévisible, et même improbable, entre le pouvoir et la philosophie. Penser la réalisation du droit en termes de chance, c’est exclure d’emblée la possibilité de réduire la politique à une « technique ». Car s’il n’existe nulle rationalité historique, l’homme ne peut se croire capable de devenir, grâce à la connaissance de la logique immanente à l’histoire, le maître et possesseur du « devenir-juste » de la cité. Pour les Grecs, la subjectivité n’est pas la source du droit et le sujet n’est pas davantage l’agent par lequel le droit vient au monde. Ainsi ils établissent la notion même du droit : la distance qui sépare le réel et l’idéal assure, en fondant l’idée d’un droit naturel, la distinction du droit et du fait ; et la manière dont l’idéal est un étalon ou objectif garantit que, sur le juste, on puisse parvenir à une opinion raisonnable, donc à savoir, prenant la forme d’une science capable d’assigner objectivement à chacun son droit, c’est-à-dire sa place dans la cité. Mais il ne faut aucunement confondre droit et morale introduit par l’équivoque du mot « juste ». Aristote propose de distinguer avec soin la justice comme vertu, autrement dit la moralité, et la justice particulière qui vise le droit et cherche à faire en sorte que « chacun ait le sien ». Ici, l’objet de la justice ne se confond plus avec l’ensemble de la morale, quand bien même il existe un rapport entre droit et morale. Ce qu’ARISTOTE, puis St THOMAS ont perçu, c’est que l’idée du droit est certes « fille de l’idée de justice » morale comme juste milieu, c’est-à-dire chacun obtient la part qui lui revient, mais qu’elle s’en détache dans la mesure où la morale se soucie de la vertu de l’individu cependant que l’affaire du droit n’est nullement que l’individu soit juste : le juriste a seulement à rechercher que chacun obtienne ce qui lui est dû, donc que le juste règne, ce qui n’implique aucunement que l’individu soit moralement juste. Dans cette cité grecque, le droit conserve toute sa puissance à travers son autonomie pleinement affirmée, puis appliquée, il démontre dès lors, sans contestation possible, sa dimension indispensable, nécessaire et inaltérable.
Par Warszawa
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Publié dans : dayvan.cowboy
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Disponible sur le net bien avant sa sortie officielle, Neon Bible a déjà bien tourné sur ma platine. Il m'est donc permis d'établir un premier avis.